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 " Quai d'Orsay" : la comédie française de l'année ???

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Damonx

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Date d'inscription : 21/02/2008

MessageSujet: " Quai d'Orsay" : la comédie française de l'année ???   Jeu 21 Nov - 10:07

Une très grande comédie française : « Quai d'Orsay » de Bertrand Tavernier.
Je ne vous présente plus ce très grand réalisateur français quand même, son dernier film était un film historique (« La princesse de Montpensier »), avec des qualités mais un peu engoncé et évidemment pas du tout drôle. D'ailleurs, Tavernier n'est pas un spécialiste de la comédie, à part « La fille de d'Artagnan » qui était un film de cape et d'épée avec des dialogues savoureux et des situations équivoques.
Ici, le matériel de départ est une BD française (encore une adaptation après le « Snowpiercer » ; vive la BD française) de Antonin Baudry et de Christophe Blain, parue en 2010.

Alexandre Taillard de Vorms est grand, magnifique, un homme plein de panache qui plait aux femmes et est accessoirement ministre des Affaires Étrangères du pays des Lumières : la France. Sa crinière argentée posée sur son corps d’athlète légèrement halé est partout, de la tribune des Nations Unies à New-York jusque dans la poudrière de l’Oubanga. Là, il y apostrophe les puissants et invoque les plus grands esprits afin de ramener la paix, calmer les nerveux de la gâchette et justifier son aura de futur prix Nobel de la paix cosmique. Alexandre Taillard de Vorms est un esprit puissant, guerroyant avec l’appui de la Sainte Trinité des concepts diplomatiques : légitimité, lucidité et efficacité. Il y pourfend les néoconservateurs américains, les russes corrompus et les chinois cupides. Le monde a beau ne pas mériter la grandeur d’âme de la France, son art se sent à l’étroit enfermé dans l’hexagone. Le jeune Arthur Vlaminck, jeune diplômé de l’ENA, est embauché en tant que chargé du “langage” au ministère des Affaires Étrangères. En clair, il doit écrire les discours du ministre ! Mais encore faut-il apprendre à composer avec la susceptibilité et l’entourage du prince, se faire une place entre le directeur de cabinet et les conseillers qui gravitent dans un Quai d’Orsay où le stress, l’ambition et les coups fourrés ne sont pas rares... Alors qu’il entrevoit le destin du monde, il est menacé par l’inertie des technocrates.

Le vrai héros de cette histoire est bien le jeune Arthur qui est en fait Antonin Baudry lui-même qui joua ce rôle auprès de Dominique de Villepin qui se cache sous le personnage d'Alexandre.
Je ne connais pas la BD, donc l'adaptation ne me dira rien. Tavernier a réinventé l'histoire avec de nouveaux personnages, d'idées visuelles plus cinématographique (par exemple, il oubliera les références nombreuses à « Star Wars » que le héros dispense dans la BD car Tavernier est très éloigné de l'œuvre de Lucas et le mélange aurait pu être incongru).
En fait l'Histoire, on la connaît : les USA veulent envahir le Koweit, trouvent des excuses fallacieuses et il y a un discours historique prononcé par un ministre français à la chevelure argentée ; on change les noms ici et c'est la même chose mais vu de l'intérieur par un petit fonctionnaire qui va devoir mettre des mots dans la bouche de ce ministre.
La question est : Mais qui pensent ces mots ? Pense-t-on d'ailleurs ?
L'œuvre apparaît alors plus acide qu'une petite comédie, on est plus dans la satire, le pamphlet.
Sans doute que cela n'est pas tout à fait comme ça ; voire même, il faut l'espérer... mais, on en a franchement l'impression devant la bêtise, l'inefficacité de nos hommes et femmes politiques.
Le film devrait être mis en préambule de tout discours, élection de politiciens ; en même temps, ne dit-on pas que Chirac a été élu grâce aux Guignols.
Nous sommes donc sans doute responsable de notre politique (mais comme ce n'est pas eux qui gouvernent...).

Visuellement, le film est incroyablement alerte, le montage fuse, on se croirait parfois dans un dessin animé (Alexandre est un vrai bulldozer avec ses incroyables entrées et sorties de pièces ; il apparaît par tous les côtés du cadre comme s'il était partout – idée de la multiplicité du personnage dans la BD).
La référence absolue pour moi serait que Tavernier a fait un Billy Wilder, cela a le même rythme, la même cocasserie.

Et puis le casting est au diapason avec un Enorme rôle pour Thierry Lhermitte en ersatz de Villepin qui en a rajouté pour faire oublier le modèle, faut le voir mimer chaque parole par un geste faramineux ; Raphaël Personnaz (qui jouait dans le précédent film de Tavernier) se veut évidemment plus effacé mais existe quand même par sa surprise vis à vis de ce monde.
Une incroyable performance de Niels Arestrup que l'on connaît presque violent (voire les films de Jacques Audiard comme « Le prophète »), qui est ici presque félin, avec une voix douce, des gestes mesurés (il a d'ailleurs eu du mal à le jouer tant les réalisateurs usent de sa force habituellement).

Un petit bêtisier pendant le générique final qui montre que cela a du être difficile d'être sérieux pendant le tournage, je crois que même un fou rire a été gardé pour une scène.
Très drôle, instructif, un grand film français, La Comédie française (c'est quand même autre chose que du Danyboon ou un black poussant une chaise roulante).

Bon film ; à voir absolument.

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